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Grand Format | Retour sur les 10 ans du titre

©Alexis Réau

20 juin 2009 palais omnisport de Paris Bercy. Le PB86 est sacré champion de France de Pro B face à son « meilleur ennemi » Limoges. Un match dominé de bout en bout par les hommes de Ruddy Nelhomme. Et surtout un souvenir inoubliable pour tous les (très !) nombreux Poitevins présents ce jour- là. Depuis le Poitiers Basket a vécu bien d’autres aventures. Mais celle-ci restera à jamais dans les mémoires.

Propos recueillis par Alexis Bouyat
Bénévole
©Alexis Réau
L’histoire commence le 3 octobre 2008 à Poitiers. Dans la salle Frédéric Lawson-Body pour être plus précis. Le PB joue son 1er match à domicile de la saison face à Evreux. 68 partout et la balle dans les mains de Rasheed Wright. La suite… vous la connaissez ! Un jeté de maillot devenu mythique dans l’histoire du club et une saison qui commence sous les meilleurs auspices.

"Une vraie expérience humaine" - rasheed wright

« C’était la plus belle année de basket de ma vie et pour beaucoup de raisons, nous confie Rasheed Wright le héros de cette fameuse soirée. Je n’avais jamais gagné de titre avant et je courais après ça. Avant d’arriver à Poitiers, j’avais des propositions intéressantes ailleurs notamment au Paris Levallois. Mais je voulais un plus grand rôle. J’arrive alors dans cette équipe qui venait d’être finaliste et je veux gagner. »

Et quand on lui demande ses plus beaux souvenirs de cette saison la réponse coule de source : les derbys face au CSP Limoges.

« Les matchs face à Limoges avaient une saveur particulière. Que ce soit à Lawson, chez eux ou à Bercy il fallait gagner car c’était le rival. Je me souviens, quand je suis arrivé en France et que j’ai joué avec St-Vallier contre eux, tout le monde me parlait de Limoges, le grand Limoges, de la folie de Limoges. Et moi je me dis : mais c’est qui Limoges ?! Et pour ma 1ère confrontation contre eux, je mets 40pts ! Mais avec le PB c’était encore mieux car c’était un derby. J’en avais déjà connu en Caroline du Nord, c’est toujours des matchs particuliers ».

Mais le « Sheed du Poitou » n’a pas trouvé que du basket en débarquant en terre pictave. Il a aussi trouvé « une famille ».

« En dehors du terrain, c’était aussi une année exceptionnelle. Avec les Pictagoules, l’esprit de famille du club et même la ville. Une vraie expérience humaine. Quand tu quittes tout pour le basket et que tu rencontres des gens comme ça, cela te marque à jamais. Les gens de Poitiers sont adorables, j’ai des connexions pour toujours avec eux ».

©Pink Blue

Aujourd’hui de retour aux Etats-Unis, Rasheed n’a pourtant rien d’un paisible retraité. Il a désormais son propre gymnase et entraîne des enfants tous les jours. Il est également le coach de l’équipe de sa fille ainée. Il participe activement à la vie de sa ville, a lancé sa propre marque de vêtements de sport et anime même un podcast sur internet ! Une vie pas de tout repos mais toujours vécue avec passion.

Un podcast où participe également l’autre Américain de cette équipe, Kenny « The show » Younger. L’ancien intérieur du PB a pris sa retraite sportive au terme de la saison 2011-2012, après 5 saisons au club dont 3 en Pro A. 2ème meilleur Américain de Pro B lors de la saison du titre, Kenny était un véritable leader sur le parquet et le capitaine de la défense. Pour Kenny, ses moments sont gravés depuis la finale perdue l’année passée.

« Cette défaite m’a mis dans un état où j’étais déterminé à faire tout ce qui était possible pour revenir en finale et remporter ce championnat. Pas seulement pour moi, mais aussi pour mes coéquipiers, mes coachs et cette ville qui m’a adopté, ma famille et moi, comme si l’on s’était toujours connu. »

Et des souvenirs de cette folle année il en a plein :

« Le Buzzer Beater de Rasheed lors du premier match était fou ! Son autre shoot au buzzer contre Limoges, après ce 4ème QT épique. Je me souviens que Rasheed était tombé en voulant monter sur la table. La remontée à Boulazac, où l’on était mené de 20pts… Les Playoffs, avec les quarts de finale où l’on retrouve notre rival Nantes. On les bat en 3 matchs. Les demi-finales contre Bourg-En-Bresse, où après avoir perdu le premier chez nous, on devait absolument gagner chez eux ou c’était terminé. Et enfin retrouver notre grand rival Limoges en Playoffs, contre qui on avait perdu l’année précédente. On a montré qu’on avait une belle équipe. Une équipe solidaire, chacun était prêt à se sacrifier pour voir l’équipe gagner ! »

©Hervé Bellenger

Aujourd’hui, il vit aux Etats-Unis avec sa famille et profite de son temps pour s’occuper de ses enfants. 

« Je vis à Dallas, au Texas. Je coache mon fils de 11 ans dans ses différentes équipes. Il joue également avec une autre équipe avec des enfants plus âgés, là je me pose et je le regarde jouer avec toutes les choses que je lui ai apprises et montrées. Ils disent qu’il joue comme Lebron James, qui est son joueur préféré. S’il termine comme lui, je pense que j’aurai fait du bon boulot. » 

Et le PB dans tout ça ?

« Je sais que je ne suis plus là, mais je continue de suivre l’équipe sur Internet. J’adore ma ville de Poitiers et je reviendrai pour visiter avec ma famille, et j’espère pouvoir avoir le prochain Lebron James à mes côtés.»

"Une Année dingue [...] l'Une des meilleures de ma vie" - Cédric Gomez

Un autre retraité qui a quitté l’hexagone mais cette fois pour la Suisse : c’est Cédric Gomez. Parti rejoindre sa compagne de l’autre côté des Alpes, l’ancien meneur de jeu du PB a mis fin à sa carrière lors de la saison 2015-2016. Depuis il a trouvé une reconversion originale. L’Ariégeois d’origine est aujourd’hui… garde-bain dans des bains thermaux ! Bien loin des terrains de basket même s’il continue la pratique de ce sport pour son plaisir.

©Pink Blue

L’évocation de l’année du titre lui a forcément rappelé de nombreux souvenirs :

« C’était une année dingue. Lors de la défaite en finale de la saison d’avant (contre Besançon), Sylvain nous avait dit que nous reviendrions pour gagner. Et comme dans un rêve c’est exactement ce que nous avons fait ! C’était l’une des meilleures années de ma vie, tout a tourné dans le bon sens »  

Mais son souvenir le plus fort se trouve dans l’affrontement en play-offs contre Bourg-en-Bresse.

« Au match 1 à Lawson, je me fais littéralement marcher dessus par Justin Ingram (meneur de la JL cette saison-là). Le coach m’a bien titillé là-dessus et je me suis donné pour mission de lui rendre la pareille.»

 «Et aux matchs 2 et 3, je le domine complètement et nous finissons par valider notre ticket pour Bercy. Et d’ailleurs, je me souviens que c’était complètement dingue car les gens étaient venus à la salle dès le matin pour faire la queue pour pouvoir acheter une place. La folie de la billetterie, nous étions les Rolling Stones ! ».

Hasard de l’histoire, quelques années plus tard, ce même Justin Ingram débarqua à Poitiers comme meneur de jeu. Et lui aussi se souvient de cette joute en play-offs même s’il en garde un souvenir forcément plus…mitigé.

« C’est un énorme souvenir pour moi. Après le match 1 où nous allons gagner à Poitiers, nous pensons vraiment aller en finale (Justin avait inscrit 30pts + le tir de la gagne). Nous retournons à Bourg très motivés avec un vrai espoir de ramener le club en Pro A.» 

« Malheureusement nous avons perdu et lors du match 3 à Poitiers il n’y a pas eu de match. Nous prenons un 24-6 dès le début du match et c’était fini. C’est quand même un super souvenir pour moi. Je me souviens de l’ambiance dans la salle Lawson-Body. Déjà c’était impressionnant en saison régulière mais en play-offs, c’était incroyable. »

Si la saison fut aussi belle, le fait de jouer à Lawson-Body n’y est pas étranger. Véritable bastion imprenable de l’équipe poitevine cette année-là, Poitiers ne perdra que 2 matchs dans sa salle : un en saison régulière et un en play-offs. Il y aura également de belles « déculottées » infligées aux visiteurs : +19 contre le leader parisien, +17 contre Clermont, +30 contre St Vallier, +14 contre le Portel et un improbable +41 contre St-Quentin (score final : 88-47 !) !

Pour les habitués de St Eloi, cela peut sembler étrange mais les places n’étaient pas numérotées dans cette salle. Pour faire simple : 1er arrivé, 1er servi ! Il n’était pas rare de voir les 1ers  spectateurs arriver 1h30 avant le match pour pouvoir choisir leur place. La proximité du public et la résonance de la salle faisaientt que l’ambiance pouvait vite grimper. Et la température aussi ! Quiconque était présent en play-offs contre Bourg justement se souvient de l’étouffante chaleur qui régnait ce jour là dans la salle.

"Une deuxième mi-temps fabuleuse" - Sylvain Maynier

Des matchs épiques il y en eut aussi à l’extérieur. Et particulièrement le déplacement à Boulazac qui reste dans toutes les mémoires.

« Ce match reste un sujet de « chambre » entre Pierre Bonneau (le manager général de Boulazac) et moi, nous confie Sylvain Maynier, capitaine de l’équipe cette saison-là. On en parle tout le temps, tous les ans et c’était un très très bon moment car la seconde mi-temps était fabuleuse. C’était la 1ère fois que nous jouions au Palio et la salle était pleine, le derby était là. Et c’est une chance d’avoir des derbys surtout dans des saisons comme celle-ci. Nous avions Limoges et Boulazac qui étaient des oppositions totalement différentes. Autant Limoges c’était nos « meilleurs ennemis », autant Boulazac c’était des potes. Nous nous entendions super bien entre joueurs et cela donnait toujours de grosses affiches vraiment sympas. On n’a pas dû beaucoup perdre contre Boulazac à cette période-là… ».

Une rencontre où les Poitevins étaient menés de 20pts à la mi-temps avant de réaliser une fabuleuse « remontada » conclue par un tir de… Sylvain Maynier.

Aujourd’hui « White Jesus » a gardé un pied dans le basket et s’épanouit pleinement dans sa carrière professionnelle.

« En un mot, je suis indépendant. Depuis que je suis parti du PB86, j’ai créé ma propre activité et je suis un peu multicarte. Je suis un passionné de basket 3×3 donc je développe des activités autour et puis je m’occupe aussi un peu du Syndicat National des Basketteurs et en particulier la reconversion. J’accompagne des joueurs et joueuses sur leur « deuxième vie ». Et j’ai une 3ème activité événementielle qui est Patagos, que l’on fait avec David Malescourt. »

Un match à l’extérieur également particulier pour les partenaires du club qui avaient organisé un déplacement pour ce fameux match contre Boulazac. Samuel Giraud, directeur commercial du réseau Touraine-Poitou chez Square Habitat et partenaire de longue date nous raconte ce périple et également ses souvenirs de cette saison.

« C’était en fait la naissance du Club Affaires au basket. Il y avait aussi Philippe Lachaume de Chaveneau-Bernis qui était moteur de cette initiative. Nous étions un petit groupe de partenaires à vouloir vivre le partenariat de façon conviviale et ce déplacement à Boulazac a été la continuité de ce que nous voulions faire. Vu le résultat du match historiquement, nous nous en souviendrons toujours mais c’est vrai que pour nous partenaires, nous avions loué un bus et nous avions aussi fêté le déplacement. C’était un match incroyable, nous étions situés derrière le panneau, nous étions vraiment des supporters dans une tribune et pas du tout des VIP. »

"Toute la saison était folle"

©Alexis Réeau

« Un grand moment vécu avec les joueurs mais aussi avec l’équipe des partenaires. Au-delà de ce déplacement, c’était toute la saison qui avait été folle. En tant que partenaire, 2 semaines avant les matchs tout le monde nous demandait des places ! C’était impossible d’en avoir. J’ai connu le sport à Poitiers en général et nous avions à ce moment-là une ville qui était identifiée basket. Passer du Dolmen à Lawson-Body avec des montées successives, c’était extraordinaire. Dès l’échauffement des joueurs, il y avait déjà du monde dans la salle. Nous étions partenaires parce que c’était une vraie famille. Nous en oublions presque le côté lucratif. On était au match 1h30 avant car cela nous faisait plaisir. Nous ne venions pas faire du business mais profiter du match.»

"Pour résumer en 1 mot : amitié" - Gary Florimont

Parmi les joueurs encore en activité, Gary Florimont croise souvent la route du Poitiers Basket. Depuis son départ du PB, il a fait un joli tour de l’hexagone que ce soit en Pro A ou Pro B : Nantes, Charleville-Mézières, Évreux, Rouen, Chalons-Reims, Nancy et enfin Paris. Mais Poitiers garde une place particulière dans son cœur.

« Si je devais tout résumer en un mot ce serait « amitié ». C’était ma 2èmeannée comme pro et je n’ai pas retrouvé une ambiance pareille ailleurs. Nous étions comme un groupe amateur : il n’y avait pas de prise de tête. C’était du partage. On ne peut pas rêver mieux. Les plus anciens étaient comme des grands frères y compris les Américains. »

De gauche à droite : Gary Florimont, Yves Zahoui, Lamine Kanté et Jeffrey Dalmat - ©Alexis Réau

Pour illustrer son propos Gary se souvient notamment des soirées sur Poitiers en compagnie de son compère Lamine Kanté.

« A l’époque nous n’avions pas le permis et pour sortir en boîte c’était un peu compliqué. Je me souviens que Kenny nous emmenait et que nous pouvions l’appeler à 5h du mat pour le retour. Qui fait ça franchement ?! ».

Et quand on lui demande les souvenirs qui l’ont particulièrement marqué cette saison-là ils sont nombreux.

« Déjà il y a eu le panier de Sheed contre Limoges. Et Bercy. La communion avec le public était dingue. Il y  avait beaucoup de supporters. Je me souviens que ceux de Limoges voulaient « mettre la misère à Poitiers ». C’était fou ! ».

Aujourd’hui lorsque l’intérieur vient pour affronter son ancien club, il ne peut s’empêcher d’être fier en voyant son nom sur la bannière à St-Eloi.

Un des autres larrons des jeunes pros de cette équipe n’est autre que l’incontournable Lamine Kanté. Entre lui et le PB ce fut une véritable histoire ! Il quitte Poitiers après la saison 2009-2010, direction Boulogne-sur-Mer puis Denain. Il effectuera un 1er retour à Poitiers. Puis il partira du côté de Cholet avant de revenir à Poitiers… pour mieux repartir à Limoges avant un ultime passage au PB ! S’enchaîneront encore Monaco, Evreux et Nantes avant que l’ailier ne pose ses valises à St Quentin où il évolue encore avec l’équipe de Nationale 1.

"Je me rendais à la salle en bus, je rencontrais les supporters, c'était des moments sympas ! " - Jean-Yves Zahoui

Si tous les anciens joueurs de cette équipe sont unanimes sur un point, c’est l’ambiance exceptionnelle qu’il y avait cette saison-là. Joueur majeur ou remplaçant tout le monde était sur la même longueur d’ondes. En témoignent ces confidences de Jean-Yves Zahoui, back-up de Gomez à la mène et également le 3ème jeune pro de cette saison-là.

« C’était un groupe qui vivait parfaitement bien, avec les dirigeants, les coachs. C’est la 1ère fois que je voyais une telle entente. Je faisais partie des jeunes pros de cette équipe avec Lamine et Gary et nous étions souvent ensemble mais nous entendions aussi très bien avec les plus anciens de l’équipe ».

Et en tant que jeune, Jean-Yves garde des souvenirs bien particuliers de son passage à Poitiers. Notamment une histoire de bus.

« A cette époque je me rendais à la salle en bus. Et les jours de match, je rencontrais souvent des supporters du club. Je n’avais jamais connu ça et c’était toujours des moments très sympas. Il y avait une véritable communion avec le public. Je ne garde que de bons souvenirs de cette année ».

Malheureusement pour lui, la suite de la carrière ne sera pas de tout repos. Après 2 ans en Pro B à Brest, il se blessa longuement avant de rebondir du côté de St Brieuc, en Nationale 2. Puis quelques passages en N3 avant de traverser la Manche. Aujourd’hui Zahoui vit à Londres et travaille pour une start-up spécialisée dans le vin.

« Je suis très fier d’avoir participé à cette aventure. Nous avons eu la chance que ce soit filmé et je pense que Vis Mon Match a donné des idées à d’autres clubs en termes de communication ».

Et Jean-Yves restera comme le dernier joueur de Poitiers à avoir porté le numéro 6, retiré depuis en hommage au 6ème homme pictave.

"Les jours de match tu devais te dépêcher d’aller à la salle pour avoir la place que tu voulais" - Mathieu Guillet

Et le 6ème  homme parlons-en justement. Car une des choses qui ressort particulièrement de cette saison de Pro B, c’est la formidable communion avec ce public. De quoi se remémorer de précieux souvenirs avec Mathieu et Erick, deux supporters de longue date.

« J’ai commencé à suivre le PB86 dès la Nationale 2, alors que ce n’était encore que le CEP, nous confie Erick Patrier. Nous allions voir les matchs au Dolmen en famille. J’ai fait un détour par le volley pendant 3-4 ans avant de revenir au basket et j’y suis finalement resté ».

Erick Patrier (à droite) à Bercy ! - ©Pink Blue

Un amour pour ce club qui demeure encore aujourd’hui. Ancien bénévole mais aussi président des Picta’Goules, Erick se souvient particulièrement des affrontements contre Bourg. Son souvenir le plus personnel a eu lieu non pas pendant un de ces matchs mais juste après.

« Lorsque nous nous imposons contre Bourg en demi-finale de playoffs, j’ai été particulièrement marqué par la réaction de Charles-Henri Bronchard qui était tombé à genoux en pleurant. Cela faisait la seconde année de suite que nous les éliminions et on voyait qu’il était vraiment très touché. Et à la fin du match il va dans les vestiaires pour féliciter l’équipe de Poitiers. Et ce mec qui est un guerrier sur le terrain m’a vraiment ému. Et depuis ce jour, j’aime bien ce joueur ».

Pour Mathieu Guillet, arrivé comme supporter en fin de N1 début de Pro B et membre des Picta’Goules, son souvenir personnel se situe pendant un entraînement.

« À cette époque, j’allais souvent voir l’équipe s’entraîner car j’étais élève à côté de Lawson Body. J’y passais peut-être un peu trop de temps car parfois je faisais même mes devoirs à Lawson. Et un jour à la fin d’un entraînement, Rasheed Wright m’a demandé de venir prendre le rebond pendant sa séance de shoot personnel. Ce n’est pas grand-chose mais pour moi qui étais un simple supporter cela m’a marqué et en dit long sur l’état d’esprit de cet homme ».

L’ambiance à Lawson l’a également marqué.

« Les jours de match tu devais te dépêcher d’aller à la salle pour avoir la place que tu voulais. Si tu voulais te mettre avec le groupe de supporters ou pour simplement retrouver des amis. Ce qui a certainement participé à l’osmose générale, c’est certainement aussi les après-matchs, pouvoir approcher les joueurs et discuter avec eux assez simplement. Pour un spectateur et encore plus pour un supporter, ça compte. Il y avait une vraie proximité. C’était de l’instantané, ils ne jouaient pas un jeu d’acteur avec les supporters. Ils étaient naturels. Les Américains faisaient des efforts pour parler français et s’intégrer. Un joueur comme Rasheed, nous l’adorions sur le terrain car il donnait tout mais également en dehors car il venait toujours à notre rencontre ».

Mathieu en joie, à Lawson Body - ©Dominique Bordier

Et les Picta’Goules (ainsi que les bénévoles) ne se limitaient pas aux rencontres à Lawson-Body. Quasiment tous les week-ends ils sillonnaient la France afin de suivre leur équipe préférée.

"C'était pour nous une découverte du niveau, surtout dans une salle comme ça ! " - Ribar Baikoua

Ce qui faisait la force de ce groupe c’était aussi la propension de ses « jeunes pousses » à être prêts à s’investir à n’importe quel moment. C’était le cas avec Jeffrey Dalmat et Ribar Baikoua, les 2 aspirants pros de l’époque.

« C’était un peu dur pour moi mais j’étais content de faire partie de ce groupe, nous raconte Jeffrey Dalmat. En plus je passais le Bac cette année-là donc je ne devais pas négliger ce point. C’était vraiment une équipe unique, je n’ai retrouvé ça nulle part ailleurs. Il n’y avait que des bon gars, les Américains étaient très investis, ce n’était pas des mercenaires. »

Un sentiment partagé par son acolyte de l’équipe.

« Avec Jeffrey nous avons été très bien intégrés, souligne Ribar Baikoua. Le mélange de jeunes et d’anciens dans le groupe s’est fait tout seul. C’était pour nous une découverte du niveau mais cela reste de bons souvenirs. Surtout dans une salle comme ça ! C’était la salle la plus chaude avec une grosse ambiance. La ferveur des supporters était incroyable. Sur le papier, nous n’étions peut-être pas les favoris mais nous avions envie de nous surpasser pour les autres ».

Jeffrey Dalmat et Ribar Baikoua - ©Dominique Cordier

Et pour des joueurs en apprentissage comme eux, le message du coach était clair :

« Il fallait se faire plaisir tout en respectant les systèmes. Nous sommes rentrés plusieurs fois en jeu en fin de match et c’était une belle opportunité de progresser pour nous ».

Pour Ribar, le plus gros moment pour faire ses preuves est apparu lorsqu’il y a eu des blessés dans l’équipe.

« Je remplaçais numériquement Guillaume aux entraînements sur les postes extérieurs  durant sa blessure. Je donnais le meilleur de moi-même et j’étais très fier de pouvoir contribuer de cette façon ».

Aujourd’hui, les 2 petits ont bien grandi. Jeffrey dispute sa 4ème saison avec la JSA Bordeaux en Nationale 1 tandis que Ribar est un joueur majeur du CAN 79 (Niort) fraîchement promu en Nationale 2.

"Une soirée mémorable" - Guillaume costentin

La conclusion de cette formidable saison vous la connaissez bien : le titre de Pro B à Bercy. L’ancien extérieur de Poitiers, Guillaume Costentin revient sur le contexte de ce match.

« Retourner à Bercy c’était l’objectif principal pour nous. Et là en plus, c’était contre le CSP. Il y avait une véritable rivalité contre eux depuis 3-4 ans. La préparation du match a été normale. Cette fois, nous savions ce qui nous attendait. Quand nous sommes arrivés à Bercy, nous avons d’abord été accueillis par Limoges. Je vous laisse imaginer les cris et les gestes obscènes. Mais nous étions sereins. Et là nous avons vu la « marée bleue ». C’était impressionnant. Le début du match s’est fait sous les huées des Limougeauds mais plus le match a avancé et plus j’ai été marqué par le changement d’ambiance ».

La fameuse Marée Bleue - ©BasketNews

Tous les supporters présents ce jour-là se souviennent certainement des « Eh ils sont où les Limougeauds ?! » retentissant dans tout Bercy. Mais pour Guillaume le souvenir ne s’arrête pas là.

« Après la célébration de la victoire avec le public, nous sommes rentrés à Poitiers rapidement. Une soirée mémorable. Nous avons été reçus tout de suite sur le parvis du TAP et au fur et à mesure de la soirée, les supporters poitevins sont arrivés. C’était incroyable. A un moment nous sommes allés au Bistro Pasta pour manger et je me souviens de ce que Ruddy m’a dit ce soir là : « l’année prochaine on part en Pro A avec Mez et toi. Ne t’inquiète pas. Je vais être décrié mais ça va se faire » ».

Le futur lui donnera raison car la saison suivante le PB86 disputera les play-offs de Pro A. Pour Guillaume, la fin de carrière approche à grands pas car il prendra sa retraite sportive au terme de sa saison avec La Rochelle (N1). Il restera toutefois dans ce club en tant que manager de l’équipe. Une reconversion qu’il a hâte d’entreprendre.

> L’hommage du PB86 à Guillaume Costentin

Toujours en poste au PB86 cette saison, Ruddy Nelhomme revient sur les bons souvenirs :

« Directement je pense à la sérénité que nous avons eue durant toute l’année, à la qualité de l‘effectif et à l’état d’esprit de l’équipe. Les joueurs étaient très réceptifs à tout ce qui s’est passé cette année-là et l’équipe a su se transcender dans les moments importants de cette saison. Notamment les matchs très tendus en play-offs contre Nantes et Bourg en Bresse. Mais aussi lors de la saison régulière où nous avons été chercher des victoires qui nous ont permis de rester dans le haut du tableau, jusqu’à cette finale qui a été l’apothéose, avec pour moi, une maîtrise de ce match à Bercy du début jusqu’à la fin. Cela reste un super souvenir, une saison avec peu de soucis grâce à une équipe qui savait se remettre en cause, qui savait s’entraîner et qui savait se dépasser dans les moments importants ».

Mais ce parcours incroyable, qui s’est terminé par un « happy end », s’est aussi construit sur une finale perdue l’année d’avant.

« Quand on se retrouve 2 années de suite en finale, il y a forcément une pression. Par exemple dans la saison, tout le monde nous attendait et nous avions peu changé de choses. Rasheed était arrivé en remplacement de Tommy (Gunn) et Thomas (Darnauzan) également parti, nous avions récupéré Jean-Yves. Nous étions attendus bien plus que la 1ère année. Et au même titre que quand nous avions commencé les play-offs, il y avait cette pression de vouloir aller au bout. Nous n’avions pas envie de nous rater dès le début, surtout que nous étions tombés sur une belle équipe de Nantes. Et au tour suivant, nous tombons à nouveau contre Bourg-en-Bresse avec qui nous avions déjà une histoire depuis 2 ans.

"Ne vous en faites pas, on va gagner ce match"

Le jour de la finale pendant l’échauffement, je me retourne vers le staff médical qui était là. Ils étaient assez tendus et je leur dis « ne vous en faites pas, on va gagner ce match ». L’expérience de l’année d’avant, le ressenti de ce groupe ont fait que je n’étais pas inquiet sur la finale. Quand tu es coach, tu es toujours dans l’instant d’après. Nous n’avons pas le temps de cogiter car il y a toujours des choses à mettre en place pour la suite. Nous étions arrivés là où on voulait. Nous étions sereins pour cette finale car nous avions déjà donné l’année d’avant ».

Un match qui aurait pu être le dernier sous les couleurs poitevines pour le MVP de cette rencontre, Pierre-Yves Guillard.

« C’était un peu particulier pour moi cette année-là parce que tout se passait bien et le travail mis en place depuis quelques années prenait vraiment de l’ampleur. Nous avions une équipe au top. Pas individuellement les plus forts mais nous pouvions vraiment renverser des situations compliquées. Après ce qui s’était passé, c’est qu’avant les play-offs, je m’étais engagé avec Pau-Orthez , un contrat tacite dans la mesure où si Poitiers montait je restais là bien sûr. Et c’est ce qui s’est passé bien sûr. L’année d’avant je passe au travers de ma finale et là je termine meilleur joueur. C’est des choses comme ça qui m’ont toujours accroché à Poitiers. Et finalement le destin fait bien les choses ».

Ces mots sont bien ceux de Pierre-Yves Guillard le capitaine actuel du Poitiers Basket. Il n’aura finalement connu qu’un seul club dans sa carrière jusqu’à maintenant et a vécu les meilleurs comme les moins bons moments du club.

"MON meilleur moment : c'est sous les tribunes avant de rentrer sur le terrain" - Sylvain maynier

Pour conclure sur cette finale, retour avec Sylvain Maynier sur la rencontre :

 « L’anecdote est que c’est quand même le seul match de finale de Pro B qui s’est joué à guichets fermés. Ca a été la seule fois où le match était en lever de rideau de la Pro A. Nous nous sommes donc retrouvés dans une situation où en 2ème mi-temps il y avait tous les supporters des 4 clubs (Orléans et l’ASVEL pour la finale de Pro A). Donc en fait, nous avons joué devant 16000 personnes. C’était quelque chose d’énorme ! Et je pense que mon meilleur moment de carrière ou du moins le plus fort que j’ai vécu, c’est sous les tribunes avant de rentrer sur le terrain pour ce match. Nous étions sous une des tribunes à attendre pour la présentation de l’équipe et c’était assez long. Nous nous sommes retrouvés dans une pénombre juste avec la lumière qui passait à travers les marches, juste nous les 10 joueurs. C’est peut-être d’ailleurs la seule fois où j’ai fait un vrai speech de capitaine. Ca a été énormément de frissons car déjà nous connaissions le lieu. L’année d’avant dans cette même position, nous avions le trouillomètre à 0 parce que c’était la découverte. Alors que là nous étions hyper-soudés, hyper-paisibles. Nous avions 16000 personnes au-dessus de nous et je me souviens avoir parlé, avoir regardé chaque joueur. J’étais sûr que nous allions nous imposer. J’ai vu la vérité dans chaque visage. Nous ne pouvions pas perdre. Ce qui s’est passé ces 5 minutes-là, c’était hors du temps. La cohésion ultime, c’était palpable ».

Une aventure humaine

Cette saison aura été aussi l’apothéose d’une aventure commencée plusieurs années avant. Autour de 5 Français plus que solidaires sont venus se greffer petit à petit de jeunes basketteurs mais aussi des joueurs américains en quête d’aventure. L’histoire aussi de coachs de la région qui ont su construire un groupe et trouver les mots pour le mener au plus haut niveau. Sur le papier, le PB86 n’était pas spécialement le plus fort ni attendu si loin. Mais sur le terrain la force qui animait ces joueurs pouvait déplacer des montagnes.

Tous ceux qui ont vécu cette fabuleuse saison se souviennent forcément des victoires à Lawson, du déplacement à Bercy et de bien d’autres choses encore. Mais ils se souviennent surtout d’une véritable aventure humaine à laquelle ils ont pu participer. Au travers de leurs souvenirs et en revoyant les images grâce à Vis Mon Match, chacun peut se dire « j’y étais ».

Car si cette année-là a marqué l’histoire du basket poitevin (et un petit peu du basket français) c’est aussi parce qu’aujourd’hui nous avons la chance d’avoir des images au travers de cette web-série. Benoit Dujardin, Tommy Hombert et leurs acolytes avaient la confiance de l’équipe pour les filmer au quotidien aussi bien dans la joie que dans la peine. Une série qui 10 ans après le titre nous fait toujours autant frissonner en revoyant les images et nous rappelle que le sport n’est pas seulement un passe-temps mais également un vecteur d’émotions fortes.

En conclusion remercions les joueurs, coachs, dirigeants, partenaires, bénévoles et supporters car ce sont eux (et certainement vous) qui ont fait du PB86 ce qu’il est aujourd’hui.

Propos recueillis par Alexis Bouyat
Bénévole